Grammaire

Commencer une phrase par le mot « écrire » me semblait d’un manque d’originalité tout-à-fait sidérant. Ceci dit, la commencer par « commencer » n’est pas mieux. Mais là n’est pas le sujet. Non. En effet, il est juste derrière cette commode. Bonjour, Sujet. Comment vas-tu aujourd’hui ? Bon, c’est bien, c’est bien. Passe le bonjour au verbe de ma part. Et à ses compléments aussi.

Ah, ce sujet. Toujours le mot pour rire. Avant, on le voyait beaucoup plus souvent avec le verbe, mais on ne sait pas pourquoi, il s’est mis à fréquenter des phrases nominales. Alors, oui, il y a tous ses petits copains, mais dieu qu’ils sont chiants. L’adjectif possessif, c’est celui que je supporte le moins. Beaucoup trop collant à mon goût. De toute façon, je n’ai jamais pu saquer la petite clique des Déterminants. Rien que le nom qu’ils se donne. Déterminants. C’est d’un prétentieux. L’adjectif qualificatif, je l’aime déjà mieux. Ça, c’est un beau parleur. En même temps, c’est son talon d’Achille. Quand il commence à causer, on ne l’arrête plus. L’autre jour, je lui ai demandé comment il trouvait son yaourt, il m’a baratiné pendant deux heures. Je ne sais toujours pas s’il était bon, ce foutu yaourt.

Ah ben, justement, le voilà. Non, mais non, je passais, juste. Non, non. Le sujet ? Il est parti par là-bas, là. Il m’a dit qu’il allait rendre visite au verbe. Oui, tu m’étonnes. De yaourt ? Ah non, je n’en ai plus. Bon, moi j’y… Non, ça ira. Sérieusement, je rêvais d’écouter tout ce que tu pouvais me dire à propos de cette chaise, mais je n’ai vraiment pas le temps.

Quelle plaie, cet adjectif. On peut vraiment dire que son gosse a de qui tenir. Oui, son gosse. L’adverbe. Un conseil d’ami : ne restez jamais enfermé dans une pièce avec ces deux-là plus de trois minutes. Si je vous dis qu’ils ont le verbe haut, c’est pas des conneries. D’ailleurs, en parlant de verbe, hein.

Eh ben mon vieux ? Mon verbe, pardon. Ça a pas l’air d’aller. Encore une crise de futur antérieur, hein ? Non, je sais, je sais. Je compatis.

Celui-là, en affaires, c’est un dire. Je vous avouerai quand même qu’entre extorquer, pigeonner, embobiner, on a une vaste palette pour décrire ses activités professionnelles. Regardez-moi ça. Il est toujours flanqué de ses complices. Les compléments, oui. Alors, COD et COI, j’arrive encore à les distinguer (le deuxième s’habille toujours avec une préposition, voyez-vous). Mais récemment, il a engagé des circonstanciels, là, je ne comprends plus rien. Cause, Moyen, But et Manière, je les confonds à chaque fois. Alors, je ne les appelle plus que par un « Eh, toi » ou un « Dis, donc », mais personne n’est dupe.

De toute façon, j’ai eu beaucoup de mal à me faire des amis avec mon peu de mémoire. Mais je suis dans l’équipe Ponctuation, je travaille au coude-à-coude avec eux, on s’entraide.

Qui je suis ? Oh, excusez-moi, je ne me suis toujours pas présenté. Je suis…

Le point final.

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