Tempérance

C’est sifflant.

Sifflant comme le faible soupir du centenaire sénile qui s’effondre et se meurt dans un seul souffle rauque.
Ca s’en va, s’enfuit, se dissout, se meurt.
Quand ça vit, ça crève; quand ça crève, ça crie.
Pas d’un cri strident, ni même d’un croassement agacé ou d’un râle. Les cris sont ceux des autres.
Puis soudain… L’air à nouveau se charge d’odeurs; une nouvelle apostrophe dans le dialogue du temps : « Eh, toi ! »

On m’appelle.

Le printemps, péremptoire mais prudent, prend son temps et ma main. L’amère agonie de l’hiver verse une sorte de chaleur dans une sombre atmosphère reprenant ses couleurs, et la pluie attend.
Ce n’est pas le soleil, pas les chants qui sonnent aux creux des oreilles chanceuses des sots heureux qui errent à l’heure où l’air devient frais, et que la nuit s’engorge des lumières des lampions.

L’heure erre, leurre la lie et languit
Le long du canal.

C’est sifflant.

Sourd aux sévices vicieux d’un sablier renversé, dont le sable s’écoule irrésistiblement.

La nuit

 

Le repos rêveur du risible qui rit,
La rengaine des rondeurs et la peur des risettes.

(Le voulait-il seulement ?)
Il regarde l’ennui
Et lui dit tu, car l’ennui
Ennemi inique des nuits qu’on aimait quiètes,
L’ennui noie, nuit, amenuise et stoppe net,
L’ennui sacrifie ceux qui s’attachent à lui.

La fièvre (marron)

Le sourire satisfait
Du farceur incertain
Du succès de ses sorts,
Ce spectacle-ci
Se passe de prix.

L’ascension sans scrupule
Du joueur qui jubile
Et tombe dans l’excès
Est une joie infantile.
Le regard caché d’une charmante chipie
Qui chipe sans choisir
La chaleur du silence,
Est une danse sur un si,
La folie floue de l’indécis.

Banalité Pâtissière

J’ai toujours eu d’immenses difficultés à me faire comprendre du reste de l’humanité, et il me faut admettre que c’est là une de mes plus grandes frustrations. Pour chaque phrase que je prononce, la réaction de l’être humain avec lequel je tente d’établir une communication constructive n’est que très rarement celle que j’attends.

Tout petit, déjà, lorsque je traversais la rue qui séparait la maison de mes parents et cette boulangerie dont le nom m’échappe à présent, j’essayais de me conformer à la norme sociale, et demandais, avec la politesse la plus exagérée, une viennoiserie quelconque. Et à ma grande surprise, la tenancière de cet établissement, tout aussi avenante fut-elle, me pressait, à chaque fois, de préciser à quelle pâtisserie je faisais allusion, ne comprenant pas que si je demandais une viennoiserie, il était plus qu’évident que je ne savais pas laquelle prendre, et que je me fiais à son jugement, sans doute plus aiguisé Lire la Suite

Tempête dans un cœur d’eau

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Une jeune fille s’avance. La première chose que je remarque et qui fait naître en moi comme un frisson, frais sans être froid : ses cheveux de feu, qui contrastent sensiblement avec ses yeux océan. Cette jeune fille (cette jeune femme, en réalité), mérite sans doute que nous nous attardions un peu sur ce qui, dans son apparence, fait d’elle la personne que tout un chacun s’accorde à qualifier de charmante (certains vont jusqu’à jolie). On dirait presque une lutine mutine avec son sourire espiègle s’étirant d’un côté à l’autre de son visage un peu rond, qui, s’il n’est plus poupon, dégage encore comme une sorte de candeur, celle de l’enfance qui refuse de mourir, et qui se cache dans chaque détail de son être. Dans la petite taille de celle qui n’a jamais voulu grandir comme dans cette excentricité contenue de l’enfant redessinant intérieurement le monde, qu’on lit dans sa manière de faire se balader au hasard ses yeux un peu hagards sur les gens qui l’entourent comme s’ils étaient des marionnettes se mouvant pour on ne sait quelle raison absurde.

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Erreur

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Zigzaguant résolument de Charybde à Scylla,
Zozotant les mêmes prêches imbus (en vérité) de visibles faiblesses
Il arrive que tantôt on se prenne un retour de bâton

Et invoquant vainement les dieux,
Semant la zizanie,
En cherchant à châtier les hyènes de fausses infamies,
Sans souci s’évertue le sage à tuer son ennui.

Mais mûrir n’est-il que mimer l’aménité,
Terrasser de tangibles instincts qui rendent timorés ?
Au moins, pour leur part, et rendons-leur ceci,

Les hyènes savent se tenir.